
C'est
au printemps que débute la saison de la reproduction
des crapauds et grenouilles.
L'étang
se met alors à résonner d'un grand nombre de coassements, les mâles
de certaines espèces de grenouilles comme la rainette émettent en effet des
chants nuptiaux pour trouver leurs partenaires. Pour se faire ils utilisent
un sac vocal qui en se gonflant fait office de caisse de résonance. C'est
ce dispositif qui explique que le chant des grenouilles soit si sonore. Quand
aux espèces d'anoures qui ne chantent pas, elles s'organisent en couple
en se regroupant massivement dans le même étang qui est le plus souvent celui
où elles sont nées. Quand les anoures femelles sont sur le point de pondre
leurs oeufs, leurs peaux deviennent perlées et rugueuses leurs prétendants
sont ainsi avertis qu'elles sont prêtes à s'accoupler avec eux.
Une fois
le couple formé le mâle monte sur le dos de la femelle qu'il agrippe fermement
grâce à des callosités râpeuses qui n'apparaissent que pendant la période
de reproduction pour disparaître par la suite. Chez les crapauds et grenouilles
l'instinct de reproduction est si fort que les mâles restant célibataires
s'accrochent à n'importe quelle chose en mouvement pour tenter de se reproduire
avec. C'est pour cette raison qu'il arrive de voir à cette période des anoures
mâles agrippés à des poissons ou aux bottes des promeneurs. Depuis quelques
années une disparité des sexes chez les anoures rend ce genre de phénomène
encore plus fréquent que par le passé et inquiète de nombreux scientifiques
qui sont déjà fortement pessimistes quand à l'avenir des grenouilles et des
crapauds.
Le couple
ainsi formé conservera cette posture toute une journée. La pression exercée
par le mâle sur le corps de sa compagne est si forte qu'elle provoque l'expulsion
des oeufs que ce dernier arrose de son sperme au fur et à mesure de leur
évacuation. Chez les anoures contrairement aux tritons la fécondation est
donc externe. C'est à ce moment que l'on remarque une différence entre nos
deux genres d'anoures. En effet, les grenouilles pondent des oeufs en tas
gélatineux alors que chez les crapauds la femelle les expulse à l'intérieur
de longs rubans qu'elle déroule tout en nageant.

Une fois pondus et fécondés les oeufs
remontent à la surface sous l'effet de la gélatine qui s'est mise
à gonfler au contact de l'eau. Cette enveloppe visqueuse permet de maintenir
les oeufs au chaud en absorbant la chaleur du soleil. D'autre part elle
constitue aussi une protection contre les bactéries et les algues parasites.
Cependant une grande partie des oeufs sera dévorée par les poissons insectes
et autres prédateurs. La seule parade trouvée par les anoures pour se perpétuer
est de pondre un très grand nombre d'œufs.

Deux heures plus tard, l'embryon de
têtard commence déjà à se développer la photo ci-contre montrant la première
division cellulaire. L'œuf se met à grossir sous l'effet de l'accélération
de la vitesse de reproduction des cellules. Le troisième jour, le futur têtard
prend déjà sa forme allongée et s'agite de plus en plus fort dans son enveloppe
gélatineuse. Vers le début de la seconde semaine ses cabrioles ont raison
de la résistance de sa bulle qui crève et laisse son protégé s'aventurer au
dehors.

Ce dernier ne va pas aller très loin,
au contraire le jeune têtard d'à peine deux semaines vient s'accrocher à la
paroi extérieure de son oeuf qui bien que crevé flotte encore un moment. C'est
une ventouse qui plus tard se transforme en suçoir qui rend cette adhésion
possible. Par la suite le minuscule animal d'à peine 1cm partira se coller
sur d'autres surfaces (rochers, plantes, bois...). Pour respirer le têtard
utilise des branchies externes situées de chaque coté du corps. C'est au cours
de la troisième et de la quatrième semaine que les branchies externes se résorbent
et que d'autres branchies cette fois internes se forment. Le double suçoir
disparaît aussi au profit d'une bouche. Le têtard qui jusque là vivait des
réserves contenues dans son oeuf en y restant collé, va nager pour se nourrir
d'algues ou de lambeaux de viande arrachés au cadavre d'un animal dans l'eau.

Ci contre un têtard de 5 semaines
la queue s'est épaissie et musclée permettant au têtard de se déplacer rapidement
dans l'eau, sous son ventre on peut distinguer par transparence l'intestin
spirale. Déjà à la base de la queue apparaissent de petits bourgeons qui deviendront
les pattes arrières.

Nous sommes à la huitième semaine,
notre jeune ami a développé ses pattes arrières. Ces membres sont passés du
stade de bourgeons difformes à celui de membres articulés en plusieurs points
aux extrémités de sa première paire de membres, le têtard a développé des
orteils palmés offrant ainsi plus de résistance à l'eau ce qui augmente la
puissance de propulsion de notre future grenouille. Mais à ce stade c'est
encore la queue représentant plus d'un tiers du poids de l'animal qui lui
permet de se déplacer. Ce long appendice l'accompagnera encore pendant deux
à trois semaines puis entre la onzième et la douzième semaine il sera résorbé
par l'amphibien. En effet la queue va se mettre à rétrécir et les cellules
qui la constituaient vont être recyclées par le têtard qui va les utiliser
pour faire grossir son corps. C'est aussi au cours de ce stade de développement
que l'on voit la bouche de l'animal grossir de façon significative. Cependant
l'appareil reste rudimentaire il s'agit d'un simple grattoir.

C'est à partir de la douzième semaine
qu'apparaissent les plus gros changements, l'aspect du têtard change radicalement
avec l'apparition des pattes avant, les yeux grandissent et sont dotés de
paupières. Mais le plus important changement est la perte des branchies et
la formation des petits poumons qui font que l'amphibien sort sa tête de l'eau
pour respirer.

La métamorphose est enfin complète,
il était grand temps car depuis la fin du troisième mois la grenouille avait
cessé de s'alimenter tirant son énergie et la matière première nécessaire
à sa transformation de la résorption de sa queue. Quand elle quitte enfin
l'eau elle ne mesure guère plus de 2cm et devra attendre trois ans avant de
devenir adulte et de pouvoir se reproduire.